Samedi 6 décembre de 11h à 12h sur France Culture, Hervé Morin sera l'invité de l'émission
Archives

30.03.2007 : "Créer le Parti démocrate pour rompre avec le passé" (Economie Matin)

L’interview Plus Value

 15 Ko Le député de l’Eure, Hervé Morin, est l’un des hommes clés du système Bayrou depuis plusieurs années. Il adhère sans réserve à la politique d’autonomie de l’UDF, voire à sa disparition au profit d’un « parti démocrate » à la française susceptible de devenir une alternative crédible à l’UMP.


Comment l’UDF vit-elle la brutale croissance de ses parts de marché ?
Sereinement. Organiser un meeting de 800 ou 4000 personnes, c’est à peu près la même chose. Il est vrai que le service de presse est totalement débordé, notamment par les demandes de plusieurs centaines de journalistes de la presse étrangère.

Et votre candidat, n’est-il pas grisé par ce qui lui arrive ?
Non, pas du tout. François Bayrou est venu récemment dans ma circonscription, à cette occasion il a rencontré 70 agriculteurs. L’un d’eux a dit après la réunion : « Au moins, lui, il a de la glaise aux chaussures ».

Comment analysez-vous le succès actuel de François Bayrou ? C’est l’UDF qui revient à ses niveaux d’avant la création de l’UMP ?
Bayrou réalise ce que Valéry Giscard d’Estaing n’a jamais osé : se séparer du RPR, devenu aujourd’hui l’UMP. L’UDF s’affirme comme une force politique autonome qui souhaite modifier en profondeur un système qui depuis 25 ans nous conduit au déclin. Bien entendu, c’est plus risqué que de rester sous la tutelle d’un « grand parti frère », mais face à une situation aussi grave il faut des solutions exceptionnelles, comme la création d’un gouvernement de salut public qui réunira des hommes et des femmes de part et d’autre de l’échiquier politique.

N’êtes-vous pas désormais dans l’obligation d’enterrer votre marque, l’UDF, qui évoque dans l’opinion le centre-droit ?
Oui, probablement. D’où l’idée que nous avons depuis longtemps de créer un parti démocrate. La difficulté est évidemment d’abandonner un label connu de 100% des Français pour le remplacer par un nouveau. Il faudra, un jour ou l’autre, que nous accomplissions cette mutation pour marquer la rupture entre les temps anciens et les temps nouveaux. Il est vrai que cette nouvelle formation aurait plus sa place dans l’hypothèse d’une victoire de François Bayrou à l’élection présidentielle.

Et pourquoi un parti démocrate ?
La question de la démocratie, nous la portons en nous. Nous voulons rompre avec un système qui la confisque. La France est une monarchie républicaine mais pas une démocratie où le pouvoir exécutif est contrôlé par le Parlement au nom des citoyens.

Vous assumez la référence au Parti démocrate américain ?
La référence à Bill Clinton me convient. Je le préfère à son successeur !

L’UDF se dit libérale, sociale et européenne. Quel serait le triptyque d’un Parti démocrate à la française ?
J’aime bien le concept de social-économie développé par François Bayrou. Pour qu’une économie marche bien, il faut de la cohésion sociale et il ne peut y avoir de politiques de solidarités efficaces si il n’y a pas de création de richesses Cette symétrie correspond à notre démarche.

L’idée de Dominique Strauss-Kahn, Premier ministre d’un François Bayrou éventuel vainqueur de Nicolas Sarkozy au second tour, continue-t-elle de faire son chemin ?
Il ne s’agit pas de personnes. Mais il ne fait aucun doute que dans ce cas de figure, François proposerait aux socio-démocrates du PS de le rejoindre.

Que manque-t-il à François Bayrou pour se hisser au niveau de Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy dans les sondages et devenir un réel prétendant au second tour ?
D’abord, un mot sur les sondages. L’UDF n’est pas un gros client des instituts et je crains, malheureusement, que cela joue dans la présentation de certains résultats. Sur le fond, cela se jouera dans la dernière ligne droite.

Il ne manque pas à votre candidat quelques gros calibres à ses côtés pour le crédibiliser dans le rôle de chef de l’Etat ?
Je trouve que Marielle de Sarnez, Jean-Louis Bourlanges, Jean-Marie Cavada, Jean Peyrelevade, Michel Mercier et bien d’autres ont les qualités pour occuper des postes ministériels. Des individualités comme celles-là valent bien Douste-Blazy ou Raffarin.

Tous ceux que vous citez n’ont cependant jamais appartenu à un gouvernement…
Et alors ? Blair, Aznar ou Zapatero sont devenus Premier ministre sans jamais avoir exercé la moindre fonction ministérielle. Les personnalités qui entourent Bayrou n’ont pas encore été ministre mais ont assumé des responsabilités importantes dans des exécutifs locaux ou des grandes entreprises.

Redoutez-vous le ralliement à Nicolas Sarkozy de votre ancien compagnon Jean-Louis Borloo qui incarne lui aussi le centre et les valeurs sociales ?
Pas du tout. Les soutiens des uns et des autres, cela ne fait pas bouger une voix. Les Français élisent un homme, Président de la République. Si Sarkozy est élu, ça n’est pas Borloo qui l’empêchera de faire ce qu’il a envie.

Propos recueillis par Yves DERAI

Site officiel de Hervé Morin, Ministre de la Défense et Maire d'Epaignes

Conception, développement et hébergement ehoui