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Dans la Presse

05.07.2008 : D’autres urgences que le porte-avions (Le Télégramme de Brest)

 10 Ko Après l’affaire de Carcassonne, le président de la République a affirmé que toute la chaîne de commandement devrait en porter la responsabilité. Cela va-t-il jusqu’au ministre, comme le dit le socialiste Vincent Peillon qui réclame votre démission ?

Il convient de replacer chacun à son niveau de responsabilité. Le président de la République, chef des armées, fixe les missions et décide de l’engagement des forces armées. Le ministre de la Défense est responsable de la politique de Défense, et veille à ce que les armées aient les moyens et équipements pour remplir leurs missions. Quant à la décision du général Cuche, il a agi comme chef militaire. Suite au drame de Carcassonne qui révèle des dysfonctionnements graves dans le contrôle des procédures de gestion des munitions, il a tiré les conséquences de ses responsabilités, à savoir la préparation des hommes et la mise en œuvre des armes. Le général Cuche a la plus haute idée de l’état militaire et de la responsabilité de chef.
Sa décision l’honore.

Il y a peu, le général Cuche s’inquiétait de la "paupérisation" de nos armées. Sa démission au prétexte de la bavure de Carcassonne ne masque-t-elle pas un malaise plus profond entre le pouvoir et les armées ?

Conscient de ses responsabilités, ce grand soldat a défendu son budget, comme les autres chefs d’état-major de nos armées, afin d’obtenir les arbitrages les plus favorables pour l’accomplissement de ses missions. N’oubliez pas qu’il a aussi porté avec conviction la nécessité de la réforme, l’urgence d’adapter notre outil de défense et le besoin de faire évoluer et de moderniser nos structures. Je rappelle deux chiffres. 40 % des ressources humaines sont consacrées aux forces opérationnelles, 60 % à l’administration et au soutien. Les Britanniques affichent des chiffres exactement contraires. Le général Cuche souscrivait complètement à la réforme du ministère, et à celle de l’adaptation aux nouvelles menaces et aux nouveaux risques.

La fermeture d’un certain nombre de bases militaires et la suppression de 54.000 postes font débat. Nos armées n’ont-elles pas aussi une responsabilité en matière d’aménagement du territoire ?

Nous avons besoin de moderniser notre outil de défense. Il nous faut tirer les conclusions définitives de la chute du mur de Berlin et du fait que nous ne sommes plus confrontés au risque d’invasion de notre territoire national. Nous avons aujourd’hui moins besoin de blindés, d’artillerie ou de régiments du train et du génie. Nous avons besoin, en revanche, de faire un effort en matière de renseignement, de moyens de projection et de mobilité. Les futures bases de défense permettront aux trois armées de travailler ensemble et de mutualiser l’administration générale et le soutien. Ces évolutions sont indispensables si nous voulons dégager les marges de manœuvres financières pour adapter notre outil de défense aux nouvelles menaces.

Notre marine peut-elle être opérationnelle sans la mise en chantier d’un deuxième porte-avions ?

Dans l’idéal, il nous faut un deuxième porte-avions. Mais il n’aurait pas été raisonnable de le lancer tout de suite. Cela aurait obéré les autres grands programmes. C’est un investissement très lourd. Nous devons d’abord faire face à d’autres urgences, à d’autres priorités absolues que sont le remplacement de nos équipements usés : hélicoptères Pumas, Transall, les véhicules blindés de l’armée de terre, les nouvelles frégates, les sous-marins nucléaires d’attaque, et l’acquisition de nouveaux moyens de renseignement. Voilà pourquoi il nous faut un peu de temps avant de lancer le deuxième porte-avions.

Sera-t-il lancé un jour ?
Le président de la République ne l’exclut pas.

Propos recueillis par Philippe Reinhard

Site officiel de Hervé Morin, Ministre de la Défense et Maire d'Epaignes

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