Samedi 6 décembre de 11h à 12h sur France Culture, Hervé Morin sera l'invité de l'émission
Dans la Presse

06.04.2008 : Hervé Morin invité de Ripostes (France 5)

Thème : "Sarkozy : la double rupture"

Extrait de l'émission :

SERGE MOATI
Bonsoir ! Vous êtes bien, vous êtes vraiment bien sur FRANCE 5, et c’est « Ripostes » numéro 328 – déjà ? Eh oui ! Alors, « SARKOZY : la double – oui, la double –, la double rupture » ! Nous y voici, nous y voilà. Nous avions annoncé, ici même, l’acte 2 du sarkozysme ; nous voici cette semaine au cœur même de l’action – peut-être ! Enfin ! Première rupture avec, peut-on dire, une certaine idée gaulliste de la France et de sa politique internationale, faite d’indépendance ! Pourquoi ? Comment ? A suivre, et à débattre avec nos invités.

Les faits – alors, un petit rappel des faits. Nicolas SARKOZY annonce un retour au sein du commandement militaire intégré de l’OTAN pour 2009 – 42 ans après que le Général de GAULLE en a claqué la porte. D’autre part, il décide de renforcer, Monsieur le ministre, la présence militaire française en Afghanistan, là où se cache probablement Ben LADEN – moi, personnellement, je n’en sais rien ! Et, Afghanistan, pays sublime de beauté, qui prend ces temps-ci des allures de bourbier pour armées occidentales. Alors, atlantisme : le mot est lâché – le gros mot est lâché ! La France est-elle à la traîne des USA, et ce jusqu’à Kaboul ? La question est importante, « Ripostes » ouvre le débat, juste avant le vote à l’Assemblée Nationale d’une motion de censure socialiste, Monsieur le député – ancien ministre – Pierre MOSCOVICI.
Deuxième rupture : la France passe en classe éco. Les dépenses publiques vont être mises au pain sec : plus de 7… que dis-je, 7 ! 12 milliards d’économies, selon Eric WOERTH, ministre du Budget, aujourd'hui même dans LE JOURNAL DU DIMANCHE. Donc, suppression de 105.000 postes de fonctionnaires, aussi – ça y est, nous y voici, nous y voilà. C’est la rupture, celle-là ! Et ne parlez surtout pas – mais alors, surtout pas, si vous ne voulez pas fâcher – de « plan de rigueur » ! Non, non, non : ce sont des réformes. Alors, un catalogue à la Prévert, un rideau de fumée, ou un plan d’économies sérieuses ? En tout cas, on dégraisse de tous les côtés les supposés mammouths. La chasse aux gaspis est ouverte – on verra lesquels, et comment. « SARKOZY : la double rupture ».
Présents sur ce plateau – et je les en remercie vivement : Hervé MORIN, ministre de la Défense et président d’un parti qui s’appelle Nouveau Centre… (Présentation des autres invités)
(…)
SERGE MOATI
Troisième question, qui vous concerne au premier chef, Monsieur le ministre : avez-vous des nouvelles des 30 otages et du Ponant ? Vous savez, ce bateau français détourné des bandits, des pirates – 263 actes de piratage reconnus, hein ! – entre la Somalie et le Yémen.

HERVE MORIN
Eh bien, écoutez, nous suivons le Ponant, ce fameux bateau ; nous le suivons à distance, pour être parfaitement informés de la situation. Que vous dire d’autre ? Sinon que le Ponant continue sa route ; il s’est arrêté, il est reparti, et nous continuons à le suivre. Nous avons mis l’ensemble des moyens militaires nous permettant d’avoir une parfaite connaissance de la situation. Et ce que nous savons, puisque nous n’avons aucun dialogue avec les pirates, ce que nous savons c’est qu’en général ils cherchent la terre ferme, et qu’à partir de la terre ferme…

SERGE MOATI
Ils négocient ?

HERVE MORIN
…ils commencent à discuter et à négocier. Voilà ce qu’on peut vous dire…

SERGE MOATI
Ça peut durer encore longtemps ?

HERVE MORIN
…eh bien, écoutez, la problématique, c’est qu’il y a 30 personnes à bord, et qu’il y a – a priori – dix pirates, armés ; et donc, on ne peut pas faire tout et n’importe quoi…

SERGE MOATI
Sûrement pas ! Sûrement pas ! Ok. Revenons à notre débat : la rupture, les deux ruptures. Premier dossier, première rupture : la France dans le monde. Avons-nous changé ? Sommes-nous devenus, comme « Monsieur Jourdain », qui faisait de la prose sans le savoir, atlantistes, comme ça, tout à trac ? Alors, qu’est-ce qui se passe ? Et qui veut commencer ?

(…)

SERGE MOATI
Alors, réaction, Monsieur le ministre ?

HERVE MORIN
Il y a la caricature qu’on peut en faire – c’est le cas de Bernard GUETTA…

SERGE MOATI
Monsieur TODD fait de la caricature, pour vous ?

HERVE MORIN
…notamment, en considérant qu’être atlantiste, c’est, en quelque sorte, être dans le suivisme américain. Et puis, il y a une façon plus positive de voir les choses. Et la façon la plus positive de voir les choses, c’est de considérer qu’on a en effet qu’on a une communauté, que moi je préfère appeler « euro-atlantique », une communauté euro-atlantique basée sur un certain nombre de principes que nous partageons. En effet, nous n’avons pas…

SERGE MOATI
Lesquels ? Lesquels ? Lesquels ?

HERVE MORIN
…attendez, nous n’avons pas le même contrat social que les Américains – et là-dessus, Emmanuel TODD a raison. Mais, il n’empêche que nous avons un certain nombre de valeurs communes : ce sont les philosophes des Lumières, c’est la démocratie, c’est une certaine idée des droits de l’Homme. Et ces valeurs-là, même si nous n’avons pas le même contrat collectif en Europe et aux Etats-Unis, ces valeurs-là, nous les partageons. Et nous avons ce génie commun, qui est un génie européen, qui est propre à l’Europe : c’est de considérer qu’une collectivité, ou que l’appartenance à une collectivité n’est pas liée à ses gènes, à son appartenance à un sol, mais est liée à une communauté de valeurs et de destin que nous partageons. Et ça, c’est un génie européen que nous partageons avec les Etats-Unis – et qui, pour autant, ne nous transforme pas en suivistes des Américains, comme on veut nous le dire.

SERGE MOATI
MOSCOVICI, et ensuite, MADELIN.

PIERRE MOSCOVICI
Moi, je ne comprends pas bien pourquoi vous vous êtes opposé à la définition de Bernard GUETTA, qui me parait tout à fait…

HERVE MORIN
Non mais, ça, c’est du suivisme – ce n’est pas pareil.

PIERRE MOSCOVICI
…tout à fait neutre.

(…)

SERGE MOATI
Oui, j’ai dit « troc », ça vous a fait sursauter, tout à l’heure…

HERVE MORIN
Non, c’est…

SERGE MOATI
…défense européenne contre petit tour du côté de l’OTAN. Alors ?

HERVE MORIN
…il y a, d’une part, l’idée que la réintégration au sein du… enfin, l’entrée dans le commandement intégré, c’était la fin de l’indépendance – sur laquelle je veux revenir. D’abord, je veux revenir sur la question de l’Europe de la Défense.
Alain MADELIN a complètement raison : nous, nous sommes dans notre bulle hexagonale en pensant qu’on peut défendre l’idée de la construction de l’Europe de la Défense, sans évoquer la question de l’Alliance Atlantique ! On oublie quelque chose de majeur : c’est que, pour la plupart des pays européens, l’Alliance Atlantique est le système de sécurité qui leur a assuré la paix et la liberté depuis 59 ans, et que ce système, les Européens y tiennent plus qu’à tout autre – et ils y tiennent d’autant plus que c’est un système de sécurité qui ne leur coûte rien, puisqu’ils ne consacrent quasiment rien à leur défense, à l’exception des Britanniques. Donc, temps un…

SERGE MOATI
Eh oui, c’est ça ! Alors que, nous, ça nous coûte cher !

HERVE MORIN
…et donc, pendant très longtemps, la France a présenté l’Europe de la Défense comme étant, en quelque sorte, contre l’OTAN, ou en substitut à l’OTAN. Tant que vous ferez cela, vous ne ferez jamais avancer l’Europe de la Défense, parce que, pour nos partenaires européens, l’Alliance Atlantique c’est le saint des saints en termes de sécurité… laissez-moi finir, parce que…

SERGE MOATI
Non mais, c’est important.

HERVE MORIN
…temps deux : l’Europe de la Défense. Qu’a dit le président de la République ? Il a dit quelque chose d’extrêmement simple : Je veux faire de l’Europe de la Défense une priorité absolue de la construction européenne ; pour faire de l’Europe de la Défense une priorité absolue, je dois montrer aussi que ça ne se fait pas contre l’Alliance – puisque sinon, ça n’avance pas. Et je dis, temps trois, je dis : je veux qu’il y ait des gestes extrêmement forts durant la présidence française, sur l’évolution de l’Europe de la Défense, pour qu’ensuite nous discutions des conditions dans lesquelles nous pourrions participer à une OTAN rénovée. Temps trois…

BERNARD GUETTA
Il a annoncé la date du retour ! Il a annoncé la date du retour pendant le sommet de l’OTAN !

HERVE MORIN
…non, non, non ! Temps trois, que je voudrais indiquer. Quand on nous dit : être dans le commandement intégré – dont, Monsieur GUETTA, je voudrais que vous me donniez les conséquences sur notre outil de défense et notre indépendance !
Parce que, tout le monde parle de quelque chose sans jamais savoir de quoi on parle ! La vérité, c’est qu’on a le sentiment que l’OTAN, c’est comme si c’était l’OTAN d’avant le Pacte de Varsovie, où chaque pays, où chaque régiment était affecté…

SERGE MOATI
Attendez, il faut…

HERVE MORIN
…non, non, non, je veux finir ! …était affecté à tel ou tel point de combat avec l’Europe. Aujourd'hui, être dans l’OTAN, ça n’est absolument pas cela ! C’est ce que nous sommes au quotidien : nous participons à toutes les opérations militaires depuis 95, et nous avons cette liberté, parce que toutes les décisions se prennent à l’unanimité. Dernière chose…

SERGE MOATI
Non, non, il faut que le débat circule – on reviendra, on reviendra, Monsieur le ministre…

HERVE MORIN
…non, non, dernière chose, sur l’indépendance, j’observe que…

SERGE MOATI
…on a compris que, pour vous, ça n’attaquerait pas l’indépendance…

HERVE MORIN
…non, non, non, sur l’indépendance, j’observe que les Allemands, qui sont atlantistes totalement, ça ne les a pas empêchés d’être en totale opposition avec les Américains au moment de l’Irak.

(…)

SERGE MOATI
Réagissez à ce qu’a dit… les 700 gamins qu’on envoie – enfin, ce n’est pas « gamins », mais, de troupes – gamins, pour moi !

HERVE MORIN
D’abord, et avant tout…

EMMANUEL TODD
Cela dit, vous savez, la guerre, traditionnellement, c’est toujours des vieux qui envoient des jeunes à la mort, hein ! Ça n’ajoute rien.

HERVE MORIN
…que peut-on faire, en Afghanistan ? Partir ? C’est la victoire des Talibans, d’Al-Qaida, et c’est de faire de l’Afghanistan une zone d’instabilité majeure, avec les risques sur les voisins, et notamment d’un Pakistan instable. Rester au même niveau ?
En effet, là, c’est un bourbier, et on peut y rester 10 ans, 15 ans, 20 ans, 25 ans. Essayer de faire en sorte qu’on y mette les moyens militaires nécessaires pour assurer le maximum de contrôle militaire sur le pays, et en même temps, développer une politique complémentaire – et là, Monsieur MOSCOVICI a raison. C’est ce que nous avons défendu à l’OTAN, la semaine dernière, à Bucarest.
Que demandons-nous ? On demande une meilleure gouvernance ; on demande des moyens coordonnés de développement économique, pour faire en sorte que l’Afghanistan puisse se développer – 15 % de croissance, depuis deux ans, en Afghanistan ! Nous demandons, par ailleurs, de faire en sorte que…

EMMANUEL TODD
Il n’y a pas de chiffres ! Il n’y a pas de chiffres ! Rien ne permet de calculer ce chiffre ! C’est balancé comme ça !...

HERVE MORIN
…par ailleurs, nous demandons à ce qu’il y ait une « afghanisation » progressive ; c’est-à-dire… que veut dire l’afghanisation ? On a fait des efforts de formation ; l’armée nationale afghane représente à peu près 50.000 hommes aujourd'hui. Ce que nous voulons, c’est que, progressivement, la police, la justice, l’armée afghane puissent prendre le contrôle de zones, pour que progressivement l’Afghanistan puisse prendre en mains son destin. Voilà ce que nous demandons. Donc, politique de développement…

PIERRE MOSCOVICI
Mais ce n’est pas du tout l’approche américaine, pas du tout !

HERVE MORIN
…donc, politique de développement. Politique d’infrastructures : il y a eu 4.000 kilomètres de routes de construites en Afghanistan. J’observe que, aujourd'hui, 6 millions d’enfants sont scolarisés – il y en avait 900.000 en 2001. Il y a 80 % des Afghans qui ont aujourd'hui accès à la santé. On a même envoyé des hôpitaux mobiles, dernièrement, dans le nord de l’Afghanistan, ce qui n’avait jamais été fait. Donc, il y a des progrès.
Ces progrès sont insuffisants, nous sommes d’accord. Mais il n’y a pas d’autre solution pour l’Europe, il n’y a pas d’autre solution pour la communauté internationale, que de faire en sorte que d’y mettre le maximum de moyens – et en effet, aussi, de moyens de développement –, pour que les choses puissent progresser. Et ça durera…

SERGE MOATI
D’accord…

HERVE MORIN
…mais si nous en restons là, eh bien, nous serons sur ce plateau en se disant : mais, jusqu’où on va ?

PIERRE MOSCOVICI
Mais, la seule question… attendez, d’une phrase. C’est : est-ce que l’engagement militaire est une pré-condition pour réussir le développement de l’Afghanistan ? Je crois…

HERVE MORIN
Comment peut-on faire du développement sans engagement militaire ?... sans sécurité ?

PIERRE MOSCOVICI
…je pense que la France n’a pas imposé sa vue…

HERVE MORIN
Mais si !...

PIERRE MOSCOVICI
…je crois que les Américains n’écoutent pas, et qu’ils se servent de nos troupes pour un concept qui n’a rien à voir avec...

HERVE MORIN
…par ailleurs, oui, j’ai oublié de répondre à l’histoire des soldats qu’on envoie… chair à canon…

SERGE MOATI
La chair à canon, oui, alors ?

HERVE MORIN
…dire cela, c’est honnêtement à la limite de l’insulte. Considérer…

EMMANUEL TODD
Oui, oui, tout à fait ! Tout à fait ! Absolument…

HERVE MORIN
…c’est à la limite de l’insulte…

EMMANUEL TODD
…non, non, pas à la limite : c’est une insulte !

HERVE MORIN
…c’est une insulte ! Eh bien, je vous remercie pour cette insulte ! Mais, considérer qu’un président de la République, que les membres du gouvernement décident d’envoyer des troupes dans un pays, en considérant qu’on ne prend pas en compte leur question de leur sécurité, honnêtement, vous pourriez dire autre chose que cela. Parce que, qui peut penser…

EMMANUEL TODD
Ah non, non, non ! Je ne dirais pas autre chose ! Quand on envoie des jeunes soldats dans une guerre perdue, on prend une responsabilité morale exceptionnelle !

HERVE MORIN
…non, parce que ce n’est pas une guerre perdue…

EMMANUEL TODD
Et on déshonore son pays !

HERVE MORIN
…on déshonore son pays – mais, vous voulez dire quoi ? Vous voulez que les terroristes reprennent la main en Afghanistan, et que, demain, nous ayons des attentats en France et en Europe ?

EMMANUEL TODD
Je pense qu’il faudrait commencer à réfléchir ce que sont les Talibans, ce qu’est cette société, et d’essayer de…

HERVE MORIN
Mais, ce n’est pas les Talibans…

EMMANUEL TODD
…si, peut-être…

HERVE MORIN
…par ailleurs, j’ajoute, j’ajoute que les militaires sont formés, ont en eux l’idée…

EMMANUEL TODD
…les Talibans aussi sont des êtres humains !...

HERVE MORIN
…je ne vous interromps pas ! Les militaires ont la formation, la compétence ; ils savent que l’exercice du métier est un métier qui est un métier dangereux, et un métier dans lequel – mais ils le savent – avec l’ultime fin qui peut être, en effet, d’y perdre la vie.
Mais, considérer que le gouvernement ne prend pas toutes les mesures pour faire en sorte que cela se passe avec le maximum de sécurité – mais, en effet, la condition militaire accepte l’idée que, au bout du chemin, il peut y avoir ça.

EMMANUEL TODD
…de façon générale, les militaires français sont actuellement très inquiets, parce que la politique de SARKOZY les met partout dans des situations très exposées…

HERVE MORIN
Mais, qu’est-ce que vous en savez ? Qu’est-ce que vous en savez ?...

EMMANUEL TODD
…y compris dans le Golfe, face à l’Iran, et il y a une véritable inquiétude des militaires – et je les comprends.

(…)

HERVE MORIN
Un mot, seulement… un mot, seulement – dix secondes. Un, en effet, il y a des discussions avec les Talibans, en permanence ! Pourquoi ? Parce que… attendez, parce que KARZAI a une politique de réconciliation nationale, et qu’en effet, chaque semaine, des Talibans…on connaît des redditions de Talibans qui acceptent l’idée de revenir dans le jeu…

SERGE MOATI
Des Talibans repentis !

HERVE MORIN
…mais non, on confond Talibans et terroristes !

(…)

SERGE MOATI
Alors, deuxième rupture, justement : alors, donc, 7 milliards d’économies d’ici 2011, voire – allez, que dis-je, 7 – 12, selon Eric WOERTH, encore ce matin, dans le JDD. Un fonctionnaire sur deux ne sera pas remplacé, 105.000 emplois seront donc supprimés dans les services publics. (…) Alors, c’est rigueur, réforme ?
Enfin, moi je… vous-même vous êtes touché de plein fouet, Monsieur le ministre de la Défense ! Si ! Vous êtes une des victimes collatérales, si j’ose dire, de la fameuse RGPP – Révision générale des politiques publiques ! RGPP, un nom à retenir ! Selon L’EXPRESS, il y aurait 12 à 13.000 suppressions de postes, 50.000 selon LIBERATION, dans les armées, et une trentaine de garnisons disparaîtraient. Et même Alain JUPPE monte au créneau, en disant : « Ne touchez pas à la Santé navale, l’Ecole de la Santé navale, à Bordeaux », etc. …c’est lancé ! Alors, quelles conséquences cela aura-t-il sur la politique de Défense de notre pays ? Mais, c’est un exemple ; évidemment, ça touche d’autres secteurs, et j’aimerais qu’on fasse un très rapide tour de table.
On reviendra sur ce sujet, évidemment, qui est au cœur de la vie politique française actuellement, la vie économique et sociale – ça nous touche tous. Monsieur le ministre ?

HERVE MORIN
Je parle de ma réforme à moi, si vous le voulez bien. Ce n’est pas la réforme des autres, c’est celle du ministre et de l’état-major des armées – nous l’avons menée ensemble. Et nous l’avons menée ensemble, pour deux raisons. La première, c’est qu’il y a eu un énorme mouvement pour la Défense, qui a été la professionnalisation. Mais cette professionnalisation, on l’a…

SERGE MOATI
1997-2002.

HERVE MORIN
…2003, 2004, parce que ça a été très long à mettre en œuvre. Cette professionnalisation a conduit à une révision importante de l’ensemble de notre format opérationnel…

SERGE MOATI
15.000 personnels, sur les six ans.

HERVE MORIN
…bien. Nous n’avons pas touché à l’organisation, à l’administration générale, au soutien, à la gouvernance du ministère, qui n’a pas été réfléchie après, dans le cadre de la professionnalisation.
Et aujourd'hui, ce que nous avons à faire, c’est tirer les conséquences de la professionnalisation, pour faire en sorte qu’on modifie en profondeur les règles d’administration générale, de soutien…

SERGE MOATI
Mais, combien de postes supprimés ? Pardon, c’est une question concrète !

HERVE MORIN
…je vais y venir, après…

SERGE MOATI
Non, non, non…

HERVE MORIN
…la deuxième raison pour laquelle nous devons le faire, c’est que nous devons dégager des marges de manœuvre : des marges de manœuvre pour équiper nos forces et améliorer la condition militaire.
Nous avons besoin de 2 milliards d’euros dès 2009, 3 à 4 milliards d’euros à partir de 2011, parce que nous sommes en train de renouveler la totalité de nos équipements militaires. Tous nos grands équipements sont en cours de renouvellement. Et ces marges de manœuvre, nous devons les dégager par nous-mêmes, en effet, et non pas par des impôts supplémentaires, en dégageant des marges de manœuvre sur l’administration générale et le soutien…

SERGE MOATI
D’accord.

HERVE MORIN
…c’est cela, la réforme du ministère de la Défense – en maintenant l’effort de défense…

SERGE MOATI
Votre réforme, vous dites.

HERVE MORIN
…c’est-à-dire qu’on maintient les crédits, mais ces crédits ne sont pas suffisants, et donc, nous trouvons une…

SERGE MOATI
« Si je suis élu président de la République, je m’engage à maintenir notre effort de Défense…

HERVE MORIN
Oui…

SERGE MOATI
…au moins à son niveau actuel, soit de l’ordre de 2 % du PIB » – qui a dit ça ? Nicolas SARKOZY ! Alors… alors ?

HERVE MORIN
…eh bien, en maintenant cet effort de Défense à 2 %, nous ne pouvons pas renouveler toute la totalité de nos équipements, et moderniser nos forces. Et donc, nous avons besoin de dégager des marges de manœuvre ; ces marges de manœuvre, nous le ferons sur l’administration générale et le soutien…

SERGE MOATI
En réduisant les effectifs ?

HERVE MORIN
…il faut mutualiser, il faut supprimer les doublons. C’est faire en sorte qu’on soit totalement interarmées.

(…)

SERGE MOATI
Excusez-moi, Monsieur TODD, ou Monsieur MORIN, enfin, y a-t-il… la réduction des dépenses publiques, dont on parle, est-elle la seule et unique façon de réduire les déficits et la dette ? Parce que j’aimerais bien entendre une autre…

HERVE MORIN
Non ! Non, il y a la croissance ! Mais, un, je voudrais simplement…

SERGE MOATI
…on peut relancer les salaires, on peut relancer… je ne sais pas !

HERVE MORIN
…un mot, seulement, sur…

ALAIN MADELIN
Non mais, les deux sont vraies ! Vous avez besoin d’une meilleure efficacité de l’Etat ; cette meilleure efficacité de l’Etat, elle passe nécessairement par la remise en cause des politiques publiques.

(…)

SERGE MOATI
Monsieur MORIN ?

HERVE MORIN
Je voudrais seulement dire une chose. C’est que, quand Pierre MOSCOVICI parle de rigueur, en évoquant la fameuse Révision générale des politiques publiques, je crois que c’est, très franchement, être d’une malhonnêteté ahurissante ! Il s’agit de rendre le système public plus efficace.
Je prends mon exemple : dois-je conserver des services que je peux mutualiser, dont je peux supprimer un certain nombre de doublons, les rendre plus efficaces, pour faire en sorte que je puisse équiper les armées ? Je pense que l’objectif de toute administration, c’est de faire en sorte que sa politique soit la plus efficace, qu’on puisse à la fois améliorer la condition du personnel, améliorer les investissements – et tout cela, en faisant en sorte que l’architecture générale soit plus efficace. Appeler cela…

SERGE MOATI
Vous savez qu’il y a 120.000 militaires, en ligne, là, qui vous écoutent, hein ? Vous savez, ça ?

HERVE MORIN
…oui, mais appeler cela de la rigueur, c’est de la malhonnêteté. Par ailleurs…

PIERRE MOSCOVICI
Mais, je n’ai pas dit ça !...

HERVE MORIN
…si, c’est exactement ce que vous avez dit…

PIERRE MOSCOVICI
…non, non, non…

ALAIN MADELIN
Et puis, ce serait de la rigueur, ce n’est pas un gros mot, la rigueur !...

HERVE MORIN
…par ailleurs, le fameux paquet fiscal dont parle Pierre MOSCOVICI, heureusement que nous l’avons eu ! Parce que, sinon, nous aurions été totalement contra-cycliques ! C’est au moment où la croissance mondiale baisse – ou tend à, même, donner des…

PIERRE MOSCOVICI
Il n’a pas été fait pour ça, hein ! Il n’a pas été fait pour ça !

HERVE MORIN
…oui, d’accord, mais il n’empêche que ce paquet fiscal, dont on disait le plus grand mal au mois d’août dernier, heureusement qu’il est là, parce qu’il redonne de l’oxygène et de l’activité à l’économie française.

(…)

SERGE MOATI
Une contre-offensive, Monsieur le ministre de la Défense ?

HERVE MORIN
Non mais, considérer que le paquet fiscal ne s’est adressé qu’aux riches, c’est une…

PIERRE MOSCOVICI
Pas qu’aux riches, mais essentiellement.

HERVE MORIN
…non mais, c’est un mensonge, dans la mesure où le paquet fiscal, sur 15 milliards…

PIERRE MOSCOVICI
Mais, n’ayez pas que des mots pour stigmatiser, répondez sur le fond !

HERVE MORIN
…sur le paquet fiscal, c’est 14 milliards qui vont essentiellement pour le logement, pour les heures supplémentaires – donc, on est très loin du bouclier fiscal qui concerne 400 millions d’euros.
Et, deuxième élément : nous avons besoin d’avoir un système public plus efficace, qui dépense moins – et ça, on peut le traiter sous toutes les formes, c’est ce dont nous avons besoin. Parce que, à chaque fois que nous dépensons moins au niveau de l’Etat, il y a un peu plus d’argent dans la poche de chacun de nos compatriotes, notamment en termes de pouvoir d’achat.

PIERRE MOSCOVICI
Ça, le pouvoir d’achat, ils l’attendent, nos concitoyens, hein ! Et ça, c’est le grand échec de SARKOZY.

SERGE MOATI
A voir, à suivre ! Merci ! On y reviendra, évidemment ! Merci beaucoup, Messieurs !

Site officiel de Hervé Morin, Ministre de la Défense et Maire d'Epaignes

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