Samedi 6 décembre de 11h à 12h sur France Culture, Hervé Morin sera l'invité de l'émission
En France

Cycle Europe de la 15e promotion du Collège interarmées de Défense

Discours de clôture d'Hervé Morin (06.11.2007)

Mon Général,
Mesdames et Messieurs les officiers stagiaires du collège interarmées de défense,

C’est un plaisir et un honneur pour moi d’assurer la clôture du cycle européen de la 15ème promotion du Collège interarmées de défense. Je salue en particulier les stagiaires représentant les forces armées des pays partenaires et amis de la France ici présents.

La France manifeste avec force son esprit d’ouverture et sa tradition, puisque le CID est à Paris l'école militaire de formation la plus internationale de toutes, tant par le nombre de nations représentées que par la proportion très élevée d'officiers stagiaires non français (notamment 35 ressortissants de l'UE venant de 19 Etats membres, parmi 113 étrangers de 74 nationalités différentes représentées dans cette 15ème promotion)

1. L’Europe : le seul projet politique qui vaille
Vous le savez, le ministère de la Défense est un acteur majeur de la Politique européenne de sécurité et de défense — qui est au cœur de votre enseignement — : les forces armées françaises sont très impliquées dans les engagements extérieurs de l'UE et les services du ministère sont associés aux travaux sur les différents volets de la défense européenne.

De plus, à titre personnel, je suis profondément convaincu que la France, les nations européennes ont le devoir de toute faire pour construire l’Europe. Pour nos générations, la vôtre et la mienne, la construction européenne est le seul, beau et grand projet, le seul projet politique, la seule aventure à l’horizon humain du XXIe siècle.

Il y a soixante ans, des visionnaires — Jean Monnet, l’inspirateur, Robert Schuman, qui a porté le projet en France, comme l’ont fait Adenauer en RFA et de Gasperi en Italie — ont eu ce courage, après tant et tant de drames, de vouloir faire définitivement la paix en Europe. Et ils ont eu ce génie, que, pour réconcilier des peuples qui s’étaient combattus pendant des centaines d’années, il fallait supprimer la haine. Et pour supprimer la haine, il fallait bâtir une maison commune et cette maison commune c’est l’Europe. Et leur première idée de génie a été de mettre en commun le charbon et l’acier, c’est-à-dire les deux matières premières pour et avec lesquelles les peuples s’étaient fait la guerre.

Un long chemin a été tracé depuis 60 ans, malgré les embûches, malgré les ornières, grâce à la conviction européenne et grâce à la volonté de quelques-uns : il y a eu la CECA, il y a eu la tentative de la Communauté européenne de défense, qui n’a pas empêché le Marché commun trois ans plus tard, il y a eu la suppression des frontières, pour que les hommes circulent librement, que les biens et les services s’échangent, il y a eu la monnaie unique. C’est la première fois dans l’histoire que des peuples ont décidé librement de se doter d’une monnaie commune, pour que puisse circuler entre eux le signe de la souveraineté.

La Défense, c’est désormais le nouvel horizon, la nouvelle étape, car l’organisation d’une défense commune, c’est l’expression d’une conscience, de quelque chose de commun à préserver, à protéger coûte que coûte.

Dans le contexte stratégique actuel de l’après guerre froide, l’enjeu pour les Européens n’est plus seulement de contrer une hypothétique menace globale — pour laquelle l’Alliance atlantique demeure la référence à laquelle la France réaffirme constamment son attachement —, mais d’être capables de traiter nous-mêmes les crises et les facteurs d’instabilité sur notre continent ou à sa périphérie. Nous devons nous donner les moyens d’assurer par nos propres moyens, par des moyens autonomes, sinon la totalité du spectre de notre défense, du moins une partie. L’ambition, ce sont des moyens autonomes ; « la palette ». L’idéal serait la totalité du spectre, mais ne rêvons pas…

Pourquoi vouloir nous donner des moyens autonomes ?
Car l’Europe n’est ni la Chine, ni les Etats-Unis. Ce ne sont pas les mêmes projets de société, ce n’est pas le même contrat social. Nous avons une perception différente de l’organisation du monde, une vision différente des rapports de force. Vous connaissez le rapport de forces : un peu plus de 300 millions d’Américains, presque 500 millions d’Européens ; un PIB de 11 700 milliards de $ dans l’Union européenne, contre 11 600 milliards aux Etats-Unis ; les exportations de l’Union européenne représentent 900 milliards € (18 % du total mondial), contre plus de 1 100 milliards € pour les Etats-Unis (22,5 %) ; mais l’Union européenne consacre à sa défense 1,3 % de son PIB (France : 1,92 % ; RU : 2,08 %), contre 3,8 % pour les Etats-Unis (et même plus de 4 % si on y inclut l’effort consacré à l’Irak et à l’Afghanistan).
L’Europe ne peut pas être seulement une zone de libre-échange. La défense européenne, c’est l’idéal d’une construction politique.
De la Baltique à la Méditerranée, nous partageons la même vision du monde, de ses mêmes dangers, les mêmes enjeux, enfin et surtout le même destin.

Par ailleurs, je suis convaincu que l'UE peut apporter une réponse efficace et coordonnée à la résolution des conflits dans le monde et ainsi contribuer à la stabilité internationale par son approche singulière.

Une fois qu’on a proclamé cette ambition, encore faut-il nous en donner les moyens, c’est-à-dire passer des mots aux actes. Robert Schuman, le 15 février 1951, posait ainsi les enjeux d’une défense européenne commune, regroupant dans un cadre plus restreint des pays associés dans la communauté atlantique : « quelles que soient les solutions intercontinentales ou mondiales adoptées par ailleurs, il y a une Europe à organiser,[…] regroupant tous les pays libres, placés par la géographie et le destin en face des mêmes dangers et des mêmes problèmes ».

Au-delà du beau symbole du défilé des 27 nations européennes le 14 juillet sur les Champs-Elysées, le calendrier joue en notre faveur et nous offre l’occasion d’une fenêtre de tir : après la réussite du sommet européen au Portugal en septembre, avec en particulier l’accord sur un traité simplifié, l’application du nouveau traité européen nous donnera de nouvelles possibilités d’action, avec la possibilité d’une mise en place d’une coopération structurée permanente en matière de défense, c’est-à-dire d’un groupe d’Etats pionniers. Enfin et surtout, notre pays assurera la présidence de l’UE au second semestre 2008 — c’est d’ailleurs à ce moment-là que nous fêterons le dixième anniversaire de la déclaration de Saint-Malo, acte fondateur de la Politique européenne de sécurité et de défense en 1998.

La France doit donc profiter de cette dynamique pour donner un nouvel élan à la PESD, en lui donnant plus de force et de contenu, et aussi — je serai tenté de dire surtout — en la rendant plus visible par nos concitoyens.

Je souhaiterais évoquer devant vous deux thèmes : quel bilan peut-on faire aujourd’hui de la politique européenne de sécurité et de défense ? Quelles orientations peut-on lui donner pour donner à l’Europe les moyens d’assurer sa propre défense ?


2. La PESD est au service de l'action extérieure de l'UE et de la sécurité des citoyens européens

1.1. Un bilan positif, mais encore trop limité

En termes concrets, la PESD, c'est aujourd'hui la capacité de gestion de crise de l'UE à l'extérieur du territoire de ses Etats membres.
Elle représente un instrument opérationnel qui couvre quatre aspects : les opérations militaires, civiles et civilo-militaires ; le développement des capacités européennes de défense ; les structures et les procédures de gestion de crises ; enfin, les relations avec d'autres organismes partenaires : ONU, OTAN, UA, OSCE.

Un certain nombre de réalisations concrètes existent, par exemple dans l’armée de l’air en matière de formation, de commandement ou de défense aérienne. Des accords bilatéraux de défense aérienne avec les pays voisins (Espagne, GB, Belgique, Italie ; en cours avec Allemagne et Luxembourg) ont été conclus pour garantir le droit de poursuite et accroître la sûreté aérienne globale. Autre exemple de coopération européenne : l’école de l’aviation de transport d’Avord, où des pilotes de transport belges et néerlandais sont formés indifféremment avec les élèves français. Pour ce qui concerne l'armée de terre, nous avons également créé avec les Allemands l'Ecole franco-allemande du Tigre.

Au total, le bilan de la PESD est aujourd’hui positif, même s’il demeure limité. L’Europe commence à compter parmi les acteurs internationaux de la gestion des crises, mais elle n’est pas une puissance capable de s’imposer dan les grandes crises majeures, même sur son continent (comme nous avons pu le voir en ex-Yougoslavie).

Il n'est pas rare d'entendre des critiques : les uns déplorent la lenteur de la prise de la décision et des planifications opérationnelles, les autres le retard et les carences du processus capacitaire, d’autres enfin soulignent la multiplication des structures et des enceintes de consultation. Je voudrais développer devant vous les principales faiblesses de l’UE, qui constituent les points sur lesquels nous voulons concentrer nos efforts.

- 1) Le souffle de Saint-Malo s’est éteint. Ce texte constituait alors un énorme bond en avant pour la construction européenne, en introduisant le militaire dans la construction de l’UE. Pour la première fois, on évoquait une « capacité autonome d’action » de l’Union, « appuyée sur des forces militaires crédibles, avec les moyens de les utiliser et en étant prête à le faire afin de répondre aux crises internationales ».
La guerre du Kosovo en avait été l’un des éléments déclencheurs, en prouvant que, sans les Etats-Unis, les Européens n’étaient pas capables de faire face à une crise dans leur propre voisinage. D’un côté, les Britanniques prenaient conscience que les Américains ne seraient pas toujours disponibles pour accomplir le travail militaire que les Européens ne peuvent exécuter. De l’autre, les Français, qui avaient engagé au Kosovo une coopération de facto avec l’OTAN, acceptaient que la construction d’une armée européenne ne se fasse pas contre l’OTAN mais en complémentarité avec l’OTAN.
Cette déclaration devait ouvrir la voie à de nouveaux progrès, mais la détermination et le volontarisme de nos deux pays ont faibli.

- 2) Les capacités de planification et de conduite des opérations de l'UE sont insuffisantes. L'absence d'une structure permanente à Bruxelles et dédiée à ces fonctions fait que l'UE n'est pas en mesure aujourd'hui de mener des opérations majeures. L'opération militaire en RDC en 2006 a d’ailleurs montré les limites du fonctionnement actuel de l'état-major militaire de l'UE.

- 3) On parle de formations militaires européennes — la Brigade franco-allemande, l’EUROMARFOR [force navale non permanente, pré-structurée, créée en 1995 : Italiens, Espagnols, Français, Portugais], le Corps européen [état-major et force de 60 000 hommes, comprenant des unités françaises, allemandes, belges, espagnoles et luxembourgeoises]… — ; mais dans les faits elles ne sont européennes que par leur nom, parce qu’elles sont mises sur pied entre nations européennes et elles ne sont pas à disposition de l’UE.

- 4) La lenteur des décisions est un lourd handicap. Prenons l’exemple de l’opération au Tchad-RCA. Le 30 mai dernier, la question du Darfour est évoquée par la France au G8 ; le 18 juin, la Commission appuie fortement l’initiative française ; le 12 septembre, le Conseil de l’UE valide le mode opératoire de l’intervention ; le 25 septembre, la résolution 1778 de l’ONU sur l’opération Tchad-RCA est votée ; le 15 octobre, le Conseil décide une action commune ; enfin, on peut espérer un déploiement des troupes avant la fin de l’année, soit 8 mois après les premières discussions. Il est évident que le processus à 27 pays est plus lourd qu’à 15, car la règle du consensus en matière de défense est de mise.

- 5) Le système actuel de financement des opérations de l'UE n'est pas satisfaisant (ATHENA). Il est même tout sauf encourageant pour les plus gros contributeurs militaires, qui se retrouvent à fournir un volume significatif de forces et à payer à la fois au titre des coûts communs et au titre des coûts de déploiement de leurs forces. Il est donc essentiel d’élargir le périmètre des coûts communs pour les opérations militaires de l'UE, ce qui serait le gage d'une plus grande solidarité, opérationnelle et financière.

- 6) La gestion des programmes européens d'armement est complexe, coûteuse et peu efficace. Au lieu d'accumuler les programmes nationaux, il est temps de leur donner une vraie cohérence européenne. L'A400M est la preuve d'une coopération réussie, il faut aller jusqu'au bout de cette logique de coopération, mais c’est aussi la preuve des difficultés de la mener.
Pour cela, l'Agence européenne de défense doit faire un saut qualitatif, en fédérant des programmes ambitieux, en s'appuyant si nécessaire sur l'OCCAr pour la maîtrise d'œuvre.

- 7) L'action européenne manque de cohérence sur le terrain. Elle souffre encore d’une sorte d'étanchéité entre le 1er et le 2e pilier, c'est-à-dire entre l'aide au développement et les opérations de gestion de crise. La structure en piliers de l’UE — la Commission étant dans le 1er pilier, la PESC dans le deuxième — génère des concurrences : par exemple, se trouvent sur les théâtres d’opérations à la fois des représentants de la Commission et du secrétaire général du Conseil/haut représentant pour la PESC (Solana). Le Traité de Lisbonne, qui supprime la structure en piliers, nous aidera à décloisonner ce système et rendre plus efficace la coordination civilo-militaire.

Ces critiques sont fondées, il faut cependant les nuancer par deux aspects fondamentaux :

1. D’abord, cet instrument est avant tout un processus de négociation intergouvernemental qui suppose un accord à 27 et, dans la plupart des cas, une consultation avec les partenaires extérieurs. C’est une contrainte, mais c’est aussi la plus-value de notre action commune en termes de moyens, d'expertise, de légitimité, de neutralité, de partage du risque politique et militaire, et de stratégie de sortie de crise. Je constate d’ailleurs que les divergences entre Européens s’amenuisent, à mesure qu’émerge une culture européenne de sécurité et de défense et que des intérêts de sécurité européens sont reconnus.

2. Deuxièmement, ces critiques font peu de cas du chemin parcouru et des avancées obtenues. En moins d'une décennie, l'UE s'est dotée de mécanismes structurels et opérationnels qui lui permettent :
- de lancer 12 opérations et missions de gestion de crises sur trois continents, de la Palestine au Congo et au Kosovo,
- d'assurer l'interopérabilité des forces armées européennes,
- d'identifier les lacunes capacitaires des Etats membres,
- de développer des partenariats stratégiques avec des organisations internationales majeures
- et de contribuer ainsi à la sécurité mondiale dans le cadre d'un multilatéralisme efficace.

La constance de ces progrès est sans commune mesure avec le rythme habituel de la construction européenne, notamment dans sa dimension politique. Il y manque probablement le souffle et la conviction, et il nous faut aussi sortir de l’ambiguïté vis-à-vis de l’OTAN.

Pour nous, construire l’Europe de la Défense n’a pas pour objectif de concurrencer l’OTAN. L'UE et l'OTAN sont deux acteurs majeurs et complémentaires de la gestion de crise dans le monde. L'UE doit être pleinement en mesure d'agir si l'OTAN ne souhaite ou ne peut s'engager, ou si la réponse européenne est plus appropriée à la nature de la crise.

La France est très engagée dans l'action de l'UE comme dans celle de l'OTAN.
Notre pays est un des premiers contributeurs de l’Alliance, avec plus de 3 000 hommes déployés dans les opérations extérieures de l'OTAN et une participation à son budget à hauteur de 13 % (soit un montant annuel de près de 138 millions d’euros). Nous avons participé à toutes les opérations menées par l’Alliance atlantique depuis la Bosnie en 1995. Et je suis convaincu que cette contribution majeure et croissante est parfaitement conciliable avec le rôle moteur que nous jouons au sein de la PESD.

Je suis convaincu, comme l'a déclaré le Président de la République, que les progrès de l'Europe de la défense doivent aller de pair avec la transformation de l'Alliance. Lorsque les nations européennes auront clarifié les relations entre l’UE et l’OTAN, quand nos partenaires auront compris que notre attitude à l’OTAN est claire et sans arrière-pensées, que pourra se construire plus rapidement et plus efficacement une PESD renforcée.

1. 2. Le rôle moteur de la France dans la défense européenne

La France, en concertation permanente avec ses partenaires, a joué et continue de jouer un rôle majeur dans le lancement, la mise en œuvre et le développement de la PESD, même si la PESD reste néanmoins une œuvre collective, que nos 26 partenaires se sont appropriée.

Notre pays a en effet pris l’initiative pour établir les structures de la PESD : le Comité politique et de sécurité (COPS), le Comité militaire de l'Union européenne (CMUE), l'état-major de l'UE (EMUE), l'Agence européenne de défense (AED).

Nous avons également commandé les premières opérations de l'UE en Macédoine comme en République démocratique du Congo. Nous avons aussi été à l'origine de la plupart des innovations, qu’il s’agisse des Groupements tactiques, du Centre d'opérations, de l’EURO-RECAMP (renforcement des capacités africaines de maintien de la paix). Des Français participent à toutes les opérations et les missions de l'UE. L'opération EUFOR Tchad/RCA est le dernier exemple de cet engagement sans faille et actif de la France en faveur de la PESD, avec une participation de l’ordre de 1500 hommes. Un général français, sur le terrain, commande la force et un général irlandais commande l’opération, depuis l'état-major stratégique du Mont-Valérien. La France est également prête à fournir un contingent significatif de 200 policiers, gendarmes et magistrats à la future mission civile de l'UE au Kosovo. Le chef de la mission sera par le général de Kermabon, qui a commandé auparavant la KFOR.

Je voudrais dire un mot d’une autre initiative française, qui vous concernera peut-être, sûrement même : le Collège européen de sécurité et de défense (CESD), créé en 2005, qui dispense une formation dans le domaine de la PESD au niveau stratégique. Il forme ensemble les futurs responsables — que vous, officiers du CID, êtes appelés à devenir — qui sont amenés à décider ensemble. C’est un outil indispensable pour diffuser l’idée d’une défense européenne auprès du personnel civil et militaire.


2. L’axe prioritaire de la présidence française de l’UE : construire une Europe de la défense plus affirmée et plus opérante

C’est par des actions concrètes que l’esprit de défense européen prendra corps. Le général de Gaulle lui-même, qui n’est pas connu pour être un fervent défenseur de l’Europe, appelait ainsi à construire une politique européenne commune en matière de sécurité, en 1966 : « Comme le mouvement se prouve en marchant, ainsi la solidarité [des Européens] se prouvera-t-elle en coopérant. »

Je voudrais vous exposer les pistes possibles :

1. Rendre les forces européennes interopérables
Les opérations récentes ont également montré la nécessité d’améliorer l’interopérabilité entre les forces européennes.
- Une amélioration des politiques d'exercices et de formation pourrait favoriser cet objectif. En matière de formation, l'idée de promouvoir des échanges entre écoles militaires sur le modèle d'ERASMUS doit être creusée pour rapprocher nos cultures militaires et favoriser une politique de formation intégrant les cursus initiaux. Je constate que plusieurs partenaires européens sont déjà intéressés par cette proposition. Il faut que l’Europe entre dans le cœur et dans les âmes des futurs responsables militaires européens.
- Une association plus étroite des forces multinationales européennes est également activement recherchée dans le cadre de la PESD. Par exemple, le Corps européen doit être identifié par l'UE comme état-major de force multinational permanent. Il doit être mieux identifié comme force à la disposition de l’UE.

2. Combler les lacunes capacitaires européennes
Nos lacunes capacitaires sont aujourd’hui bien identifiées, notamment en matière de transport stratégique, on le constate sur le terrain lors des opérations de l'UE, et tout récemment lors de la planification de l'opération au Tchad/RCA. Nous allons nous heurter à des difficultés considérables pour acheminer les troupes et les équipements sur le théâtre ; or l'insuffisance des moyens et les coûts prohibitifs qui en découlent ont des conséquences directes sur l'effectivité du déploiement et sur la crédibilité de l'action militaire européenne en soutien des Nations unies. Nous parvenons à chaque fois à trouver des solutions ad hoc car le besoin d'Europe est avéré. Mais ces incertitudes ne sont pas acceptables. Des solutions pérennes sont à notre portée ; elles doivent être appliquées.
Notre objectif est de favoriser la création d'une flotte commune d'A400M à la disposition de l'UE et de ses Etats membres. La mutualisation de la formation des équipages et des activités de soutien logistiques constitue une première étape. La constitution d'un commandement européen du transport aérien facilitera également cet objectif et contribuera à rationaliser les besoins de l'UE dans ce domaine.

Autre exemple, dans le domaine du renseignement, nos capacités sont encore trop différentes et nos procédures trop étanches pour être mises à la disposition de l'UE. Il s'agit de promouvoir un véritable partage du renseignement à l'échelon européen. Deux solutions sont à notre portée :
- Sur l'observation spatiale, des rapprochements sont en cours entre nos capacités respectives et de nouveaux satellites doivent être lancés. Nous recherchons activement des coopérations industrielles qui pourraient déboucher sur l'acquisition d'une capacité commune avec un centre d'exploitation unique.
- La création d'un centre interpiliers de situation permettra de fédérer les différentes activités de renseignement au sein de l'UE (Centre de situation, centre de crise de la Commission) et de faciliter la coopération des services de renseignement des Etats membres.

Au-delà de la mutualisation des capacités existantes, nous devons établir une véritable Europe de l’armement. La clé du succès se trouve ici dans l’Agence européenne de défense. Elle doit désormais être capable de gérer des programmes d’armement significatifs et ambitieux. Nous irons dans cette direction en la rapprochant de l’OCCAr et de la LoI.

3. Renforcer la capacité de gestion de crise de l'UE
Il est indispensable de consolider la capacité globale de gestion de crise de l'UE, ce qui implique de renforcer les capacités de planification et de conduite des opérations militaires
Il faudrait notamment doter l’UE d’un centre d’opérations permanent à Bruxelles, capable de planifier et de conduire des opérations militaires.
En effet, l'opération EUFOR en RDC et la planification d'EUFOR Tchad/RCA ont montré qu'il existait une rupture entre la planification de l'opération éventuelle et la désignation de l'état-major stratégique. Cette rupture ralentit le processus, ce qui nuit à la fois au besoin opérationnel sur le terrain et à la crédibilité de l'UE.
Comme beaucoup de nos partenaires européens l’ont reconnu, la mise en place d'une structure permanente de planification et de conduite améliorerait considérablement l'efficacité opérationnelle de l'UE par une colocalisation avec les principaux centres de décision bruxellois et une association plus large et plus précoce des Etats membres. Il n’est évidemment pas question de créer un « SHAPE européen », un nouveau QG de l’OTAN, car ce n’est pas ce dont l’UE a besoin.


4. Partager la sécurité commune entre les Européens et l’assistance aux pays tiers
Le lien entre sécurité intérieure et sécurité extérieure est aujourd’hui largement reconnu. Il s’agit notamment de promouvoir la surveillance maritime : établir un système d’échanges d’informations maritimes, par la mise en réseau des systèmes nationaux existants, notamment pour contribuer à la lutte contre l’immigration clandestine en Méditerranée.


5. J’ajouterais également, plus brièvement :

- Etablir un plan stratégique d’évacuation des ressortissants européens, pour plus de réactivité et une meilleure coordination.

- Elargir le périmètre du financement en commun des opérations militaires de l’UE, pour donner corps à l’esprit de défense européen : réformer le mécanisme de financement actuel pour y intégrer le transport stratégique et une large liste de compléments opérationnels (soutien de l’homme, action civilo-militaire notamment).

- Enfin, développer les partenariats stratégiques de l'UE avec l'Afrique et la Méditerranée.
Il est nécessaire que l’UE, d’une part, prenne en compte les enjeux méditerranéens et, d’autre part, aide l’UA à mettre sur pied des capacités efficaces de maintien de la paix.


Ces propositions répondent à des besoins concrets. Elles visent à renforcer l'efficacité de l'UE et à maintenir la dynamique de la construction de la défense européenne, à l’instant où s’ouvre une nouvelle étape consacrée par le nouveau traité et, de façon plus générale, par l'évolution du contexte stratégique.


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L’action que nous menons depuis plus de cinq mois, dans le droit fil de celle menée par le président de la République, apporte la preuve que la France continuera de faire de la PESD sa priorité et d'y affecter les ressources nécessaires afin de demeurer une force d'entraînement.

Construire l’Europe, c’est le choix du cœur, car nous sommes Européens de passion et passionnément européens. Construire l’Europe de la défense, c’est le choix de la raison, si nous voulons que l'UE et ses Etats membres puissent jouer un rôle sur la scène internationale, préserver nos intérêts stratégiques et la sécurité de nos concitoyens et contribuer à la stabilité et à l'équilibre du monde. A côté des autres puissances, l’Europe a un message particulier, différent, à transmettre.

Nous savons que le chemin sera rude, et nous ne sous-estimons pas les difficultés, mais — comme René Pleven qui en 1950 ne se dissimulait pas les difficultés techniques et psychologiques à vaincre pour construire la CED qu’il proposait aux nations européennes — je répondrai aux détracteurs de la défense européenne que « tous les obstacles peuvent être surmontés avec de la volonté, de l’imagination et de la foi ».

Voilà le défi, ambitieux et excitant qui vous attend. Je sais que vous y êtes préparés, et je vous assure de toute ma confiance.

Je vous remercie.

Site officiel de Hervé Morin, Ministre de la Défense et Maire d'Epaignes

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