OLIVIER LAGARDE
… Hervé MORIN, ministre de la Défense, votre budget commence à être examiné aujourd’hui – un budget qui avait été bâti avant la crise. Est-ce que vous ne serez pas contraint de réviser vos prétentions à la baisse ?
HERVE MORIN
Non, absolument pas, d’une part le budget de la Défense participe à l’activité économique du pays. N’oubliez pas que l’industrie de l’armement qui est une pointe de diamant de l’industrie française, un des secteurs d’excellence, c’est 350 000 emplois. N’oubliez pas que le ministère de la Défense, par exemple à travers son travail d’infrastructure qui représente un milliard deux cents millions d’euros participe à l’activité du bâtiment, des travaux publics. Et le budget de la Défense a été construit sur une hypothèse qui est une hypothèse de sincérité. De sincérité budgétaire sur à la fois le niveau de dépenses réelles et par ailleurs sur les recettes.
OLIVIER LAGARDE
Oui, mais avant la crise tout de même ?
HERVE MORIN
Non, parce qu’il a un certain nombre de recettes, nous avons un certain nombre de recettes exceptionnelles qui ne dépendent pas de la crise. Puisque, sans rentrer dans la complexité, nous avions, ce qu’on appelle une bosse budgétaire. C'est-à-dire des dépenses qui avaient été décidées il y a quelques années sur des programmes d’armement et qui arrivent en période de livraison et que nous n’étions pas capables de payer. Donc, il y a eu cette décision du président de la République de nous affecter, notamment des recettes exceptionnelles liées à la vente de l’immobilier de la Défense. Qu’on va faire porter par une société financière, qui donc va nous apporter de l’argent frais et qui vendra l’immobilier le moment venu. C'est-à-dire quand le marché le pourra, et donc, on a, à travers des recettes exceptionnelles, une capacité d’investissement plus importante – puisque le budget de la Défense sur l’équipement défense va augmenter de 10%. Et on en a besoin un, parce que les programmes d’armement sont tous en cours de renouvellement. Tous nos grands programmes, sans exception sont en cours de renouvellement et il nous faut moderniser notre outil de défense. Et deux, nous en avons besoin, parce que les menaces et les risques changent et qu’on n’y répond pas de la même façon que lorsqu’il y avait le pacte de Varsovie. Il faut faire du renseignement, il faut de la connaissance et de l’anticipation, donc des satellites, il faut une capacité de projection,
OLIVIER LAGARDE
Mais 55 000 suppressions de postes d’ici 2014, la Défense, c’est encore une priorité du gouvernement ?
HERVE MORIN
Oui c’est une priorité, la France restera une des quatre puissances militaires globales. Et vous n’avez pas de politique étrangère, crédible, entendue dans le monde, si vous ne pouvez pas vous appuyer sur un outil militaire. Et la France a cette ambition d’être entendue, d’être écoutée, et elle est attendue.
OLIVIER LAGARDE
Hervé MORIN, vous parlez de la politique étrangère de la France, parlons de celle des Etats-Unis. Barack OBAMA pourrait demander un effort supplémentaire aux européens et donc aux français, en Afghanistan. Qu’est-ce que vous lui répondez à ce moment là ?
HERVE MORIN
Eh bien il l’a annoncé quand il était à Kaboul, nous y étions ensemble, par le plus grand des hasards. Et donc, de toute évidence, les Etats-Unis vont transférer une partie de leur force en Irak, sur le théâtre afghan – puisque, Barack OBAMA durant la campagne a défendu l’idée que le problème des Etats-Unis aujourd’hui et de la sécurité du monde, ce n’était plus l’Irak, mais c’était l’Afghanistan.
OLIVIER LAGARDE
Il a raison à votre avis ?
HERVE MORIN
Ce qui est clair, c’est que selon tous les observateurs, la situation s’améliore en Irak, et qu’en Afghanistan, au moins nous sommes j’allais dire au milieu du gué. La situation s’était nettement améliorée, elle se dégrade dans un certain nombre de régions. Il y a des points positifs, la montée en puissance de l’armée nationale afghane qui aujourd’hui assure la sécurité de Kaboul et de ses environs par elle-même. Mais ce qui est évident, c’est qu’il n’y aura pas de victoire, seulement militaire, il faut la sécurité, il faut la stabilité. Il faut donc, une présence militaire plus forte et en même temps il faut dégager les voies de la réconciliation nationale. C'est-à-dire qu’il faut que les afghans parlent à l’ensemble des forces politiques, des ethnies en présence, même avec une partie des Talibans.
OLIVIER LAGARDE
Mais vous n’avez pas répondu à ma question, si Barak OBAMA vous demande un effort supplémentaire, vous êtes prêt à dégager de troupes en plus ?
HERVE MORIN
Ecoutez, nous on vient déjà de le faire, on vient d’apporter à travers deux décisions auprès de 1000 hommes supplémentaires.
OLIVIER LAGARDE
Donc cela suffit comme ça ?
HERVE MORIN
Ecoutez, c’est le président de la République qui décider in fine avec l’autorisation du Parlement grâce à la nouvelle Constitution.
OLIVIER LAGARDE
Mais l’opinion du ministre de la Défense là-dessus ?
HERVE MORIN
L’opinion du ministre de la Défense, c’est que la France a fait un effort et que par ailleurs, avant de mettre des troupes supplémentaires, il faut que les européens, y voient, si je puis dire clair dans leur tête. Ils doivent d’abord y avoir une réflexion sur l’ensemble d’une politique en Afghanistan. Nous avons défendu cette position et le président de la République a défendu cette position lors du sommet de Bucarest de l’alliance en avril dernier. Et il faut donc que l’alliance mette en application, l’ensemble de ces conclusions là.
OLIVIER LAGARDE
Merci Hervé MORIN, ministre de la Défense