Samedi 6 décembre de 11h à 12h sur France Culture, Hervé Morin sera l'invité de l'émission
Dans la Presse

19.06.2008 : L'invité du matin (RFI)

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Script de l'émission :

FRÉDÉRIC RIVIERE
Bonjour Hervé MORIN.

HERVE MORIN
Bonjour.

FREDERIC RIVIERE
Le président de la République a présenté ses arbitrages sur la réforme des armées, les effectifs seront donc réduits de 54 000 postes civils et militaires dans les 6 à 7 années à venir. Un groupe d’Officiers, Généraux et Supérieurs des trois armées, Terre, Air, Mer, commentent aujourd'hui dans les colonnes du Figaor, sous couvert d’anonymat, les choix retenus par Nicolas SARKOZY. Je n’en retiens qu’un très bref extrait : "Le modèle d’analyses présenté par le Livre blanc – disent-ils – est à notre sens déficient et marqué par un certain amateurisme. La France – poursuivent-ils – jouera désormais dans la division de l’Italie – sur le plan militaire, bien entendu, on ne parle pas de football – inutile de se payer de mots."

HERVE MORIN
De quoi s’agit-il ? Est-ce que l’on peut considérer que la France est en seconde division, si on veut répondre directement à la question, sans essayer de relever le débat, mais est-ce que c'est mettre la France en deuxième division quand il s’agit de conserver une capacité de projection de 30 000 hommes pour l’armée de terre, de 70 avions de combat pour l’armée de l’air ? Sur un arc de crise, qui est l’arc de crise qui est manifeste, j’allais dire, pour toutes celles et tous ceux qui veulent bien regarder la situation internationale, qui est l’arc de crise qui va de l’Atlantique à l’Océan indien. 30 000 hommes projetables en six mois, alors qu’avant nous avions un contrat opérationnel de 50 000 hommes, projetables en un an, notamment dans la perspective d’une crise sur le théâtre centre européen.
Veut-on me dire, contre qui aurions-nous aujourd'hui besoin de 50 000 hommes en un an, c'est-à-dire sur une période extrêmement longue pour arriver à les projeter, sur le théâtre centre européen ? C'était un contrat opérationnel inatteignable et un contrat opérationnel que nous n’étions pas capables d’atteindre, à un moins d’un effort budgétaire de 4 à 5 milliards d’euros supplémentaires par an, c'est-à-dire plus que la totalité des recettes budgétaires nouvelles du pays, en cas… recettes budgétaires nouvelles liées à la croissance. 30 000 hommes sur un théâtre…

FREDERIC RIVIERE
Est-ce que c’est suffisant, 30 000 hommes ?

HERVE MORIN
Attendez, laissez-moi terminer.

FREDERIC RIVIERE
30 000 hommes, sur un théâtre allant de l’Atlantique à l’Océan indien, c'est plus que ce que nous n’avons jamais fait depuis 1945.

FREDERIC RIVIERE
La Grande-Bretagne a envoyé 45 000 hommes au début de la guerre d’Irak, 45 000, est-ce que ça n’est pas trop ambitieux de la part de la France ?

HERVE MORIN
Mais, 45 000 hommes c’est toutes armées confondues, moi, je vous parle du contrat de l’armée de terre. Le contrat de l’armée de terre, désormais, c'est 30 000 hommes projetables sur un théâtre majeur, 5 000 hommes projetables sur un théâtre secondaire, et 10 000 hommes au titre de la Défense du territoire. Le jour où nous sommes amenés à projeter autant de monde, c’est que nous ne sommes pas loin d’une guerre absolument majeure.
Je veux dire, si la problématique d’une armée puissante, c'est simplement une problématique d’hommes, ce n’est pas ça la question. La question, c'est : est-ce que nous avons une armée agile, moderne, efficace, capable de réagir et de s’adapter à des situations différentes ? Je crois que c'est plutôt en ces termes qu’il faut se poser la question.

FREDERIC RIVIERE
Est-ce que la France, Hervé Morin, a l’ambition de rester une grande puissance militaire, conventionnelle, c'est-à-dire est-ce que la France ne se repose pas trop sur sa position de puissance nucléaire, pour asseoir son grand, prétendu ou réel, de grande puissance militaire ?

HERVE MORIN
Ce que la France, à travers le Livre blanc, indique, c’est qu’elle restera l’une des quatre puissances militaires globales de la planète : les Etats-Unis, qui à eux seuls représentent 50 % des dépenses militaires du monde, avec qui bien entendu on ne peut pas se comparer, les Russes, les Français et les Britannique. La question chinoise est une question différente. Nous resterons une de ces quatre puissances militaires, globales, avec deux ambitions majeures, qui parlent, quand on est un militaire, c’est, un, être une Nation cadre, ça veut dire être une Nation capable d’organiser et de planifier une opération militaire, et deux, continuer à conserver la capacité d’entrer en premier sur un théâtre de crise, c'est-à-dire d’avoir la totalité des capacités permettant de pouvoir lancer une opération.
J’ajoute enfin que 30 000 hommes, dont je vous dis que jamais nous n’avons déployé cela depuis… on est presque arrivé au moment de Suez, en 1956. J’ajoute que, aujourd'hui, on constate que la totalité des opérations que la France mène, sont des opérations en coalition ou en alliance. Nous n’intervenons jamais seuls, nous intervenons toujours sous l’égide d’une résolution des Nations unies, donc il faut replacer ça, aussi, dans le cadre d’une alliance ou d’une coalition, qui est le cadre naturel de nos opérations.

FREDERIC RIVIERE
Les militaires sont sans doute prêts à vous suivre, les cadres de l’armée, pour autant que les promesses soient tenues. L’état du matériel, aujourd'hui, est assez préoccupant…

HERVE MORIN
Ça dépend.

FREDERIC RIVIERE
Oui, mais enfin…

HERVE MORIN
Il y en a un certain nombre qui sont utiles au quotidien et donc ce matériel utile au quotidien, je pense par exemple aux Transall, je pense par exemple aux Puma, je pense aux Blindés légers, il y a là, en effet, des matériels qui sont à bout de souffle.

FREDERIC RIVIERE
Oui, c'est ça, qui sont un peu en entretien permanent, parce que très fatigués. Quelles garanties pouvez-vous donner à l’armée et quelles garanties avez-vous, vous-même, que les économies qui seront réalisées par les réformes annoncées, seront réellement réinvesties dans l’équipement ?

HERVE MORIN
La garantie, c’est l’engament pris par le président de la République devant la Nation et devant les Français. L’engagement pris par le président de la République est double : nous avons besoin, compte tenu de ce que l’on appelle "la bosse budgétaire", c'est-à-dire de l’arrivée en livraison de toute une série de programmes qui ont, à juste titre, été commandés par le président Chirac, il nous faut environ 3 milliards d’euros pour passer cette bosse qui aura lieu en 2009 et en 2010 et l’autre engagement pris par le président de la République c’est l’engagement de faire en sorte que la totalité des économies que nous effectuons sur la structure, soit conservée, ce qui fait de nous une priorité nationale.
Nous sommes la seule administration où 100 % des économies que nous effectuerons sur la structure, seront conservées pour l’équipement des forces et pour l’amélioration de la condition du personnel.
Puis-je vous donner simplement un chiffre ? Le rapport entre administration générale et soutien et forces opérationnelles, rapport en terme de ressources humaines employées, le rapport c'est 60 % des ressources humaines consacrés à l’administration générale et au soutien, 40 % consacrés aux forces opérationnelles.
Si vous prenez l’armée britannique, qui est la seule armée à laquelle on peut se comparer, puisque les autres pays européens ont abandonné l’essentiel de leur ambition militaire, les Britanniques sont au moins à 60 % pour les forces opérationnelles et 40 % pour l’administration générale et le soutien. Et donc, ce que nous avons à faire, c’est l’effort, j’allais dire, d’après la professionnalisation.
La professionnalisation, ça a été un effort majeur sur les forces opérationnelles. Nous avons, sur la structure, un système hérité du XXème siècle, voire pour certains textes du XIXème siècle, eh bien désormais, nous allons faire travailler en commun, l’administration générale et le soutien, pour faire en sorte que l’on dégage ces économies, qui nous permettent d’annoncer la suppression d’un certain nombre de postes, qui seront entièrement recyclés pour la Défense. C'est une priorité majeure qui a été clairement indiquée par le président de la République, plus le financement de la bosse.

FREDERIC RIVIERE
Alors, la France va rejoindre le commandement intégré de l’OTAN. Au-delà de l’intérêt de l’opération, il y a une question sur la démarche. Auparavant, vous disiez, et on entendait, les autorités françaises dire : il faudrait d’abord faire des progrès dans l’Europe de la défense, avant de rejoindre le commandement…

HERVE MORIN
Ça n’a pas changé.

FREDERIC RIVIERE
Eh bien c'est-à-dire qu’aujourd'hui, vous dites : on va rejoindre le commandement intégré et ça permettra de faire des progrès dans l’Europe de la défense. Non ?

HERVE MORIN
Non. Nous n’avons absolument pas changé de position. La démarche du président de la République c’est de considérer qu’il n’y a pas opposition entre la démarche de l’Europe de la Défense et la démarche de notre participation à la rénovation de l’alliance atlantique, et donc, ce que nous voulons, c'est faire avancer l’Europe de la défense, avoir une ambition en terme d’Europe de la défense, et cette ambition doit se traduire par un plein exercice et une place plus importante au pilier européen au sein de l’alliance atlantique.
C'est parce que nous aurons fait progresser l’Europe de la défense que nous pourrons exiger que l’alliance atlantique soit un peu moins américaine. Vous ne pouvez pas vouloir que l’alliance atlantique soit moins américaine et refuser de participer pleinement à l’exercice des compétences et des pouvoirs. Ce que nous voulons, c'est faire avancer cette Europe de la Défense et constituer, elle sera en mesure de plus peser au sein de l’Alliance atlantique.

FRÉDÉRIC RIVIERE
D’un mot, Hervé Morin, vous allez annoncer, en principe, autour du 3 juillet, la fermeture de 20 à 30 sites militaires majeurs en France. Je ne vais pas vous demander lesquels parce que vous n’allez pas le faire, mais est-ce qu’au moins vous pouvez nous dire si les arbitrages sont rendus, aujourd'hui ?

HERVE MORIN
Ils sont presque tous rendus. Ce que nous regardons, c'est encore quelques points, pour voir si… En clair, moi, j’ai appliqué les contrats, le contrat qui est le mien, c'est-à-dire de faire en sorte que ces restructurations, ces réorganisations, soient pensées en terme d’exigence opérationnelle et d’amélioration de la vie et de la condition du personnel.
J’y ajoute, bien entendu, que l’ensemble de ces réorganisations, sont liées à la restructuration de notre outil, c'est-à-dire de la concentration et de la densification des unités, pour gagner en terme de rapport entre l’administration générale et le soutien et les forces opérationnelles. Sur quelques cas, j’ai décidé de déroger à cette règle et de prendre en compte des dimensions d’aménagement du territoire, sur des territoires et des bassins de vie qui ont déjà beaucoup souffert économiquement. Et c’est moins de 5 cas, moins des doigts d’une main. Et puis il me reste deux ou trois cas à trancher, dont je veux parler directement avec le président de la République.

FRÉDÉRIC RIVIERE
Merci Hervé Morin, bonne journée.

Site officiel de Hervé Morin, Ministre de la Défense et Maire d'Epaignes

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