Mercredi 26 novembre, une interview d'Hervé Morin sera publiée dans Le Figaro
Dans la Presse

30.06.2008 : L'Est aura six bases de défense (Est Républicain)

 11 Ko - Le Livre blanc sur la Défense constate que la menace ne vient plus de l'est. Quelles en sont les conséquences ?
- Un outil de défense qui ne s'adapte pas en permanence est un outil de défense en péril. Une adaptation majeure a été faite avec la professionnalisation des armées, laquelle a résulté des enseignements de la guerre du Golfe. En 1991, malgré 300 000 hommes dans l'armée de terre et 3 % de notre richesse nationale consacrés à la défense, nous avons eu les pires difficultés pour projeter 12 000 hommes.
Aujourd'hui, la menace a changé. Avec la chute du mur de Berlin, l'Alliance atlantique qui va jusqu'aux portes de la Russie, nous pouvons considérer que le risque d'invasion du territoire n'est plus d'actualité. Nous avons en revanche des menaces nouvelles.

- Quelles sont-elles ?
- Il y a le terrorisme et des vulnérabilités nouvelles, comme les cyber-attaques, qui peuvent désorganiser nos collectivités et menacer la sécurité des personnes. On doit donc nous adapter. Il nous faut moins de blindés, moins d'artillerie, moins de régiments du train et du génie. Nous avons besoin, en revanche, de plus de moyens de renseignements, d'une armée projetable, agile, équipée, adaptée à ses missions, fière de son rôle car utile et respectée.

- Les blindés, l'artillerie se trouvent dans l'Est de la France. Quelles en seront les conséquences concrètes ?
- L'Est, avec quelques départements du Sud, sont les terres traditionnelles des unités militaires françaises. Ce sont ces territoires-là qui connaîtront les déflations les plus importantes. Bien que la mission de la défense soit d'abord et avant tout d'assurer la sécurité des Français, nous avons des exigences à leur égard, compte tenu du poids et de l'implication de la défense dans ces territoires. Une exigence de reconnaissance pour ces territoires qui ont accueilli nos forces et un devoir de fidélité qui rendent impératives des mesures d'accompagnement social et de dynamisation économique, pour compenser la fermeture des unités.

- L'Est sera-t-il militairement sinistré ?
- Non, car l'Est conservera beaucoup d'unités militaires et aura de grandes "bases de défense". Nancy, avec Ochey et Toul, formeront par exemple une base de défense parmi les onze expérimentales. L'expérimentation sera lancée dès cet été pour une mise en œuvre effective le 1er janvier 2009. A la fin du processus de modernisation, prévu fin 2010, la Lorraine devrait compter six bases de défense et la Franche-Comté deux ou trois sur un total d'environ 90.

- Que recouvre la notion de "base de défense" ?
- Il s'agit de réorganiser les structures du ministère pour tirer les conséquences de la professionnalisation. Là où chaque armée avait ses propres services, elles vont désormais travailler collectivement. Ces bases de défense vont donc regrouper l'ensemble des moyens de soutien et d'administration générale au profit des forces opérationnelles, dans un rayon de 30 km. C'est une aire géographique qui concernera au moins une dizaine de communes. Y seront rassemblés les ressources humaines, l'alimentation, les services médicaux, les transports, la communication, le logement, les finances...
C'est un centre de ressources qui sera géré par un responsable de la base, mais celui-ci n'aura aucune autorité sur les patrons des unités, sur les chefs de corps.

- Les restructurations envisagées sont, selon vous, les premières à être faites avec autant de concertation. Comment celle-ci s'est-elle organisée ?
- Par un dialogue permanent, depuis deux mois et demi, avec les élus concernés. Je rappelle qu'en 1992, 1994 et 1996, il n'y a eu aucune concertation. Pour préparer cette réforme, j'ai reçu 250 élus. C'est un fait sans précédent. Ces rencontres ont été très utiles pour appréhender les problématiques d'aménagement du territoire, les mesures de compensation et aussi pour faire évoluer la carte militaire en fonction d'éléments qui n'avaient pas été pris en compte et pouvaient l'être sans dégrader notre modèle.

- Donc, les parlementaires savent ce qu'il en est...
- Dans l'ensemble oui mais il reste encore trois ou quatre cas à régler. Ce sont des décisions lourdes qui ne se prennent pas à la légère. D'où ce long temps de réflexion et de discussions pour organiser au mieux le redéploiement de nos forces.

- L'armée n'a pas vocation à faire de l'aménagement du territoire, avez-vous répété. Mais le gouvernement ne doit-il pas s'en inquiéter ?
- Il le fait. Ici même, lorsque qu'on a pris quelques décisions dérogeant à l'organisation de notre système, afin de ne pas ajouter la fermeture d'une unité dans des bassins d'emploi qui ont déjà souffert de fortes restructurations industrielles. Le Fonds de reconversion économique pour la défense aura entre 60 et 90 millions d'euros de financement. En interministériel, nous avons eu des discussions pour que des services du ministère de l'Intérieur soient déconcentrés.
Les implantations militaires pourront être transformées en logements sociaux ou universitaires. J'ai également sollicité les entreprises et il y a des réponses intéressantes. Le Premier ministre a annoncé devant l'Assemblée nationale que les communes affectées par les suppression d'unités militaires bénéficieront de 320 millions d'euros de subventions. Il y aura un "Monsieur restructurations" dans chaque préfecture pour mettre en œuvre des contrats de site.

- Ces mesures d'accompagnement seront-elles annoncées en même temps que les restructurations ?
- J'annoncerai dès la semaine prochaine les mesures d'accompagnement social pour les personnels civils et militaires : reconversion, formation, pécule de départ. De même que les dispositions immobilières pour l'utilisation des bâtiments et des terrains. Je rappelle qu'entre l'annonce des restructurations et la fermeture effective des unités, il y aura au moins dix-huit mois et souvent plus de trois ou quatre ans. Cela laisse le temps de préparer les reconversions.

Site officiel de Hervé Morin, Ministre de la Défense et Maire d'Epaignes

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